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Vanik Berberian,

maire de Gargilesse-Dampierre (36),
président de l’Association des Maires Ruraux de France

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Nous ne voulons pas de cette réforme territoriale-là. Pas par conservatisme ou immobilisme outranciers, mais tout simplement parce qu’elle est faite en dépit du bon sens.

Elle repose sur des conceptions primaires élaborées par des "think tanks" hors sol et relayés par des médias qui fonctionnent par messages aussi brefs que simplistes. C’est la règle du genre.

Il est temps d’exprimer catégoriquement le rejet de ce qui, en fait, n’est rien d’autre que l’acceptation du renoncement à l’aménagement du territoire. Vouloir affaiblir l’échelon de proximité et encourager la concentration des hommes, des activités et des moyens, c’est renoncer à l’aménagement du territoire. Reporter à plus tard le développement du Très Haut Débit dans les territoires ruraux, c’est renoncer à l’aménagement du territoire. Supprimer le conseil général dans les départements ruraux, c’est renoncer à l’aménagement du territoire. Eplucher les compétences communales comme on le fait jusqu’au trognon avec la pomme, c’est renoncer à l’aménagement du territoire. Mettre la toise à 20.000 habitants pour l’intercommunalité sans tenir compte de la densité de population, c’est renoncer à l’aménagement du territoire. Continuer de considérer en matière de dotation financière que l’habitant des campagnes vaut la moitié d’un urbain, c’est renoncer à l’aménagement du territoire. Continuer d’imposer des normes de toutes natures sans tenir compte des situations, c’est non seulement renoncer à l’aménagement du territoire, mais c’est aussi "ruralicide".

Cette énumération que l’on pourrait poursuivre n’est pas une liste à la Prévert. Le manque de considération des territoires ruraux est flagrant, et ce n’est pas le baume d’énièmes assises des territoires ruraux annoncées pour l’automne qui constitue une politique de reconquête des territoires.

Reconquête des territoires, c’est finalement bien de cela dont il s’agit. Elections après élections, c’est cette nécessité que nous jettent à la face les résultats. Il serait temps de regarder autrement les départements sans véritable métropole, il serait temps de soutenir les départements qui comptent moins de 800.000 habitants. Il serait temps non seulement d’arrêter de négliger la ruralité mais de la considérer comme un atout pour la France.

Assez de bricolage. Où est passée la politique d’égalité des territoires ? Croire que c’est en déstructurant notre organisation territoriale que l’on va changer la donne est puéril. Il faut être en dehors des réalités pour penser une telle chose.

Parce qu’une structure, fût-elle administrative, n’est pas une fin en soi mais un outil au service d’un projet, nous ne prônons pas le statu quo mais un changement de conception, qui proclame haut et fort la volonté et la nécessité d’un équilibre du territoire. C’est ce que nous viendrons dire à Paris place de... la République !


Les Membres du Bureau de l’AMRF