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Vous siégez depuis novembre au nouveau comité directeur de l’AMF. Comment envisagez-vous ce mandat pour plaider «utilement » la cause des communes rurales dans un contexte incertain tant en terme financier que d’organisation ?

John Billard : Tout d'abord, je précise que je succède à Claude Térouinard, mon prédecesseur à la tête de l'Association des Maires Ruraux de l'Eure-et-Loir et toujours maire de Châtillon-en-Dunois. L'un de ses objectifs était d'apporter à cette instance un certain renouvellement "générationnel ". Aussi, je vais déjà voir comment cela fonctionne dès le 9 février, date de la première séance.

Ensuite, même si je ne suis pas le seul, un maire très rural au sein de cette instance doit contribuer à apporter une vision et une expérience différente d’autres élus qui pourraient parfois avoir une approche biaisée de la réalité. Si les mêmes règles et normes s'appliquent à tous, chacun vit ces éléments de manière spécifique !

Mon expérience de la gestion d'une mairie grâce (ou à cause de) difficultés de personnel communal depuis deux ans, m'obligent à gérer 80 % de la charge administrative. Il y a beaucoup de choses à dire sur ce point... Nos obligations de gestion sont aussi contraignantes que certaines normes non adaptées et/ou réalisables pour une commune de - de 500 à 1000 habitants.

Avez-vous une idée qui vous tient particulièrement à cœur que vous souhaitez en particulier défendre en qualité de maire rural ?

D'abord le statut de l'élu, qui doit être revu pour permettre à tous les citoyens, de toutes catégories sociales, d'être élu et représentant du peuple. Pour cela, il est nécessaire de réformer, et bien sûr de diminuer le nombre de communes.

Attention, je ne dis pas qu'il faudrait supprimer à tout va, et n'importe comment. Par exemple, des critères de superficie, d'accessibilité doivent entrer dans l'organisation territoriale. Je préfèrerais une France avec moins de communes mais avec une diversité sociale d'élus plus importante, plus représentative.

Je ne pense pas qu'il faille toujours compter sur les aides mises à disposition, par le Conseil général, par la Communauté de communes, par l'Etat. Si l'on veut garder sa liberté et sa compétence générale, il faut se donner les moyens d'être indépendant. On ne pourra pas augmenter significativement les impôts communaux. L'Etat ne pourra pas indéfiniment augmenter sa part dans nos finances locales. Il faut inventer un autre modèle.

Et cela passe par un regroupement de quelques communes (ne pas confondre avec les communautés de communes, qui ne sont que des machines à développer les services à la population dans les communes centres), regroupement qu'il faudra un jour avoir le courage de faire.

Autre point qui me vient à l'esprit : les intercommunalités à 20, 30, 40 communes seront ingérables de par le nombre de représentants siégeant aux conseils communautaires, aux bureaux, etc. Or, une intercommunalité de 40 communes aujourd’hui passant par exemple à 20 maires serait plus simple à gérer. De plus, une commune plus grande a plus de poids au sein même de sa communauté de communes.

L'expérience acquise lors des échanges en CDCI, et les débats opportunistes générés dans l’intercommunalité dans laquelle je siège a fini par me convaincre qu'avec 320 habitants, je ne pesais rien. Alors que si j'associais ma commune, à celle voisine de 800 habitants, à nous deux nous pourrions peser pour une plus juste répartition des investissements sur le territoire intercommunal.