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Net-Infos : Lors du congrès des Maires Ruraux de France à Saint-Laurent 47) le 7 octobre, vous vous êtes exprimé sur le "nouveau rôle du maire". Pouvez-vous préciser en quoi consiste cette évolution et ce qui la provoque.

Jean-Claude Lemaire : Depuis quatre ans, on nous dit qu’il faut réformer notre territoire pour aller vers de grandes communautés, pour former d’éventuelles communes nouvelles et on charcute les chiffres, on invente des combinaisons de représentations sans jamais se poser la question essentielle pour moi : quel sera le rôle du Maire demain et après-demain dans une commune de telle taille ou telle autre, profondément rurale ou "périrurale" comme dit le président national des maires ruraux. Il me semble pourtant qu’il faudrait commencer par là.

Chacun se doit déjà de constater que la population de nos communes évolue rapidement. Auparavant communauté villageoise de génération en génération, nos populations sont aujourd’hui un rassemblement de personnes d’origines géographiques différentes, arrivées par le hasard de la famille, du travail, de la vie… Grande chance pour nos communes, leurs écoles et leurs finances, l'évolution de la population pose néanmoins la question de la cohésion sociale, de l’appartenance à une communauté de vie, de destin.

Dès lors, fini la logique des fêtes locales, puisque chacun peut avoir le souci de profiter des jours fériés pour rejoindre leur familles respectives dans d'autres commune; mise en difficulté des activités et de l’animation locale par ces déplacements rendus obligatoires pour les rapprochements familiaux ; tendance au consumérisme et non à l’action participative locale, etc. Nos villages deviendraient-ils des lieux de "co-existence pacifique" en lieu et place des communautés villageoises que nous avons connues ?

Cela ne sera-t-il pas le rôle essentiel de l’équipe municipale et du Maire en particulier demain. Ne sera-t-il pas le faiseur, l’animateur du lien social, fondement de la vie en collectivité ? Cet état d’esprit hier permanent qui s’imposait de lui-même dans nos villages ruraux ne s’étiole-t-il pas au détriment de l’intérêt général pour laisser apparaître des sommes d’intérêts particuliers ?

Les difficultés sociales de certaines familles ne vont-elles pas accélérer les effets de l’individualisme, l’indifférence voire l’intolérance? Développer des participations pour que chacun aie sa place au sein de la collectivité est une mission indispensable pour la paix sociale; Elle est préférable à celle de pompier de service à laquelle le maire est souvent réduit.

Selon les communes, la tâche ne sera-t-elle pas suffisante sans s’occuper des gestions matérielles avec des budgets étriqués ? Il nous faut y réfléchir et dès lors peut être privilégier la vie en commun de nos habitants plutôt que son pré carré sans moyen. Je vois dans les communes nouvelles cette possibilité, bien supérieure à ces grandes communautés où les intérêts de quelques-uns remisent souvent au second plan l’intérêt communautaire.

Je pense à cet instant au président du comité des fêtes de notre village et son équipe qui chaque année autour d’un concept simple (le feu « gigantesque » de la St Jean et une piste de danse sous un vieux hangar agricole) rameute de tous les alentours chaque année 700 à 800 personnes. Je pense aussi à une collègue maire qui organise avec persévérance après-midis festifs, soirées cartes, déjeuners communs dans un village d’un peu plus de 100 habitants et qui réussit et fait taire les quolibets qui se sont élevés au début comme souvent à chaque nouvelle initiative.

En tous cas, cet aspect-là des choses ne pourra plus être ignoré, car perdre le lien social est la mort réelle de nos villages.