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Question à Christian Derrien, président de l’Association des maires ruraux du Morbihan (AMR 56). Il a participé aux comités de pilotage du programme « 1000 doctorants pour les collectivités » qui propose de mettre la recherche au service des territoires.

Pourquoi l’AMRF est-elle partenaire du programme « 1000 doctorants pour les collectivités » ?
C’est l’idée, assez simple en somme, qu’il y a à l’université des ressources intellectuelles et des compétences qui peuvent être utiles pour nos territoires. L’objectif est donc de faire que le monde de la recherche et celui des territoires ruraux se rencontrent durablement. Car les acteurs locaux sont nombreux, y compris en milieu rural, à rencontrer des réalités quotidiennes qui sont autant de problématiques territoriales pouvant faire l’objet d’un sujet de recherche. Le constat c’est qu’il y a un besoin de recherche dans les territoires, mais qu’en plus ce besoin se double de l’intérêt de jeunes chercheurs, issus des sciences humaines et sociales, attirés par l’idée de rendre leur travail opérationnel dans les territoires. Le but est donc de créer la rencontre entre un territoire et un chercheur autour d’un projet de transformation du territoire.

Comment cela fonctionne et quel est l’apport pour la collectivité ?
« 1000 doctorants » s’appuie sur les Conventions industrielles de formation par la recherche (Cifre) qui permettent de subventionner 3 années de recherche-action. Ainsi, les jeunes chercheurs peuvent réaliser leurs thèses dans des collectivités territoriales, des établissements publics ou des associations, tout en étant financés et en bénéficiant d’un pied solidement ancré sur le terrain de recherche. Il faut insister sur l’apport que peuvent représenter ces jeunes chercheurs. Ils ont une formation initiale de Bac+5 avec une forte culture des collectivités et des démarches méthodologiques affirmées, ce qu’on n’a pas avec un cabinet d’étude classique. En appui sur la littérature scientifique existante, cela permet d’aller au delà du simple diagnostic en mettant en perspective les problématiques analysées localement, avec des comparaisons nationales ou internationales. Cette coopération université-territoire est mutuellement bénéfique, car le doctorant bénéficie ainsi d’un cadre méthodologique et d’une expertise qui outillent le territoire. Il faut sortir de l’image d’un monde de la recherche qui est déconnecté du territoire.

Pourquoi il est nécessaire de sensibiliser les acteurs pour investir dans les collectivités, et en particulier, les espaces ruraux ?
Le premier objectif est d’amener les conventionnements Cifre dans les sciences humaines, car aujourd’hui on observe que 75 % des Cifre sont contractualisées dans le domaine des sciences expérimentales (mathématique, science de la nature, etc.). De plus, seules 3,5% des Cifre se déroulent dans des collectivités. Or, les territoires ont besoin du regard des sciences humaines et sociales, et ces chiffres montrent le retard accumulé. Le second objectif consiste à porter ce message auprès des collectivités de plus petites tailles. On voit en effet que plus de 50 % des thèses Cifre sont concentrées dans le bassin parisien. Pour sortir de cet effet métropole, il est important que les collectivités en région se saisissent de cet outil. C’est dans ce but que l’AMRF est partenaire de l’opération, afin de sensibiliser le monde de la recherche académique aux problématiques rurales, et d’attirer l’attention des communes rurales sur les potentialités de cet outil.


Comment cela va pouvoir s’opérer concrètement ?

La face émergée de « 1000 doctorants pour les collectivités » consistera en une plate-forme de mise en relation entre les jeunes chercheurs d’un côté et les collectivités de l’autre. Il s’agit ni plus ni
moins d’un espace d’offre et de demande, où chacun pourra identifier de potentiels partenaires. C’est important que les territoires ruraux s’y expriment pour que leurs propositions soient présentes dans la réflexion globale. Car si dans les faits le dispositif Cifre est plus adapté aux territoires mutualisés comme les EPCI ou les PETR (le reste à charge pour la collectivité étant de 10 000 € par an sur trois ans), il est essentiel d’en faire la publicité pour rendre visible les problématiques spécifiques aux communes rurales. C’est le but de la plate-forme qui sera officiellement lancée d’ici la fin d’année, afin de se rendre compte que les expériences en cours et les projets développés par d’autres collectivités peuvent inspirer les territoires ruraux à travailler avec le monde de la recherche.