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Question à Dominique Dhumeaux, président de l’AMR 72 et vice-président de l’AMRF :

Vous avez lancé une enquête par mail auprès des communes de la Sarthe afin de chiffrer le nombre d’usagers qui ont des problèmes liés à l’exclusion numérique. Quelle analyse pouvez-vous en faire ? 

« On peut d’abord constater que le sujet préoccupe de nombreuses mairies, car on a eu la réponse de plus d’une centaine de communes à notre enquête. La question posée était simple : « Est-ce que, lors de ces trois derniers mois, vous avez été sollicité par des habitants pour des problèmes d’exclusion numérique ? ». Et les résultats sont malheureusement à la hauteur des problèmes que l’on ressentait localement en mairie : sur la base de notre enquête on peut évaluer que 3 200 foyers ont pris l’initiative d’aller dans les mairies sarthoises pour être accompagnés dans leur démarche administrative ! Cela correspond à plus de 3 % de la population rurale du département, or ces chiffres excluent tous ceux qui ont baissé les bras et qui n’osent pas venir demander de l’aide. Et le pire c’est que l’exclusion numérique fragilise encore plus nos concitoyens dans le besoin, car si l’on prend l’exemple des cartes grises, certains se retrouvent obligés de payer les services payants proposés par des garagistes. 

La question est donc de savoir si c’est aux entreprises privées de faire le job de l’État ? Assurément non, car il est prouvé que le phénomène n’est pas générationnel (selon le ministère, 1/4 des jeunes ne savent pas ajouter une pièce jointe à un mail) et il n’est pas pensable que la société s’autorise à laisser autant de gens au bord de la route. Il faut donc anticiper et prévoir d’accompagner sur le long terme les 13 millions de français identifiés comme étant dans l’incapacité de faire une démarche numérique (on parle d’illettrisme numérique). C’est le rôle de l’État d’aider les communes à accompagner nos concitoyens dans l’usage d’outils numériques, et la mairie apparaît comme l’échelle de proximité adaptée pour cela. Les MSAP par exemple, c’est bien, mais ça exclut tout un tas de gens, et ça ne résout pas les problèmes de mobilité, et au final, c’est comme un guichet déshumanisé à la préfecture. Or il faut comprendre que ce n’est pas facile pour les gens de demander de l’aide, et il est nécessaire de prendre en compte cette part de frustration et de pudeur. C’est pour ça que les gens nous disent que c’est beaucoup plus facile pour eux d’aller en mairie, car ils se retrouvent devant une personne qu’ils connaissent. 

Or ces situations d’exclusions risquent de se multiplier tant les sujets s’accumulent : carte grise, carte d’identité, ainsi que toutes les démarches qui nécessitent d’utiliser un scanner, jusqu’aux prises de rendez-vous chez les médecins qui se font de plus en plus exclusivement sur internet. Les gens sont nombreux à venir en mairie pour être accompagner dans leur démarche, et cela risque d’augmenter encore avec la réforme des impôts. Or, les mairies sont en bonne place pour répondre efficacement à ces problèmes et lutter contre le sentiment d’abandon. D’ailleurs, certains départements, comme la Sarthe, nous aident à acquérir du matériel numérique, comme un scanner ou une webcam, ce qui peut permettre d’accéder à des services à distance comme Pole Emploi dans un futur proche, tant on sait que la mobilité est un frein dans la recherche d’emploi. 

Mais le plus important serait de sécuriser le travail des secrétaires de mairie, car on est dans le flou total et rien ne dit qu’on a le droit de faire ce qu’on fait pour aider les habitants dans leurs démarches. On se base sur la bonne volonté de nos services, mais il faudrait un acte de l’État pour nous donner des garanties juridiques afin que les secrétaires de mairie puissent accompagner les habitants dans leurs démarches administratives. À défaut, on travaille activement sur une solution qui vise à proposer aux mairies une personne en Service Civique mutualisé entre toutes les communes rurales et qui circulerait d’une mairie à l’autre afin d’accueillir les habitants en situation d’exclusion. »